L’Arabie saoudite intensifie sa percée sur le continent africain, portée par les ambitions de diversification économique de sa Vision 2030. Longtemps concentré sur les monarchies du Golfe et l’Asie, le Royaume redéploie désormais une partie de ses pétrodollars vers l’Afrique, avec une accumulation d’annonces chiffrées qui dessinent une stratégie de long terme.
Lors du sommet Future Investment Initiative « New Africa », le Royaume a annoncé un investissement de 45 milliards de dollars en Afrique subsaharienne sur les cinq prochaines années, une initiative pilotée par le ministre saoudien des Finances Mohammed bin Abdullah Al-Jadaan. Ce même sommet avait déjà vu Riyad promettre 41 milliards de dollars sous forme d’investissements et de financements aux pays africains, portés en partie par des opérateurs privés et des prêts destinés aux start-up. Au-delà de ce seul engagement, un groupe de bailleurs de fonds régionaux adossé aux États du Golfe prévoit d’accorder jusqu’à 50 milliards de dollars de prêts à des pays africains d’ici 2030, via le Groupe de coordination arabe.
Le volet diplomatique suit la même trajectoire : le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères a évoqué des investissements prévus de 25 milliards de dollars sur les prochaines années, assortis d’un projet de porter à 40 le nombre d’ambassades saoudiennes sur le continent. Riyad ambitionne également de soutenir 10 milliards de dollars d’exportations vers l’Afrique et de mobiliser 5 milliards supplémentaires pour des projets de développement d’ici 2030. Selon les autorités saoudiennes, ces annonces ne représentent qu’une fraction de l’effort déjà engagé, puisque 75 milliards de dollars d’investissements saoudiens auraient déjà été déployés sur le continent.
Le secteur minier illustre cette diversification : la coentreprise Manara Minerals, détenue par Ma’aden et le Fonds public d’investissement (PIF), a entamé des négociations avancées pour acquérir une participation minoritaire dans des actifs de cuivre et de nickel de First Quantum Minerals en Zambie, une démarche qui s’inscrit dans la sécurisation des minéraux critiques nécessaires aux technologies énergétiques propres.
L’Égypte, partenaire stratégique régional, bénéficie d’un traitement particulier : à la suite d’une visite du prince héritier Mohammed ben Salmane au Caire, l’Arabie saoudite a annoncé plus de 10 milliards de dollars de nouveaux investissements, tout en s’engageant à renouveler un dépôt de plusieurs milliards auprès de la Banque centrale égyptienne pour soutenir ses finances extérieures.
Entre pétrole, mines, énergies renouvelables et diplomatie économique, l’Afrique s’impose ainsi comme un terrain d’expérimentation grandeur nature pour l’après-pétrole saoudien.
