Le gouvernement burkinabè place l’artisanat au cœur de sa stratégie de souveraineté économique. Représentant environ 30 % du PIB et près de deux millions d’emplois, ce secteur constitue une force structurelle incontournable. La vision des autorités est que : l’artisanat ne doit plus être confiné à la seule préservation du patrimoine culturel, mais devenir le point de départ et le support du processus d’industrialisation.
La logique de cette stratégie repose sur la construction d’un « nexus artisanat-industrie ». Le Premier ministre, lors du Salon régional de l’artisanat de 2025, a souligné que seul le renforcement des passerelles entre les deux secteurs permettra d’édifier une économie souveraine fondée sur la transformation des ressources locales et la valorisation des savoir-faire nationaux. Des mesures concrètes sont déjà en cours : le gouvernement applique des restrictions de quotas à l’importation sur les produits manufacturés localement, afin de protéger l’espace commercial des unités artisanales et industrielles nationales. Le Centre national d’appui à la transformation artisanale du coton (CNATAC) de Bobo-Dioulasso, inauguré en novembre 2025 pour un coût de plus de 1,5 milliard de francs CFA, dispose d’ateliers de tissage, de teinture et de couture ; les 180 premiers jeunes apprenants ont déjà reçu un appui en équipement. Cela marque l’extension de la chaîne vers une valorisation textile locale, en rupture avec l’exportation de coton brut.
Cependant, la transformation se heurte à des goulots d’étranglement significatifs. Selon les données de 2021, seulement environ 20 % des artisans exercent leurs activités conformément au Code communautaire de l’artisanat de l’UEMOA, et moins de 0,2 % d’entre eux accèdent au financement. La faible couverture de la formation professionnelle, le degré insuffisant de formalisation et l’étroitesse des canaux de financement entravent le passage de l’artisanat d’une activité de subsistance à un maillon compétitif de l’industrie.
Le choix de voie du Burkina Faso est porteur d’enseignements : intégrer l’artisanat dans la politique industrielle plutôt que dans la politique sociale, prendre la transformation des matières premières locales comme point d’entrée et l’import-substitution comme levier de marché. Si des avancées sont obtenues en matière d’accès au financement et de formation professionnelle, l’artisanat pourra véritablement assumer sa fonction de « levier de souveraineté économique », au lieu de rester un slogan.
Rafiou S.
