Dans le cadre de la Révolution populaire et progressiste (RPP), la réforme éducative burkinabè présente une tension explicite et une recherche de conciliation : d’une part, la poursuite de l’« excellence » académique et pratique par la digitalisation des curricula et la professionnalisation ; d’autre part, la formation d’un citoyen « patriote » et « décolonial » par l’éducation en langues nationales et la réhabilitation des savoirs endogènes. L’enjeu central de cette double ambition est de transformer l’éducation, d’un simple outil de transmission de connaissances, en un pilier stratégique au service de la souveraineté nationale et du développement endogène.
L’intervention structurelle du régime de la RPP sur le système éducatif se manifeste d’abord par une remise en cause de la hiérarchie traditionnelle fondée sur la primauté de l’académique. Le décret adopté en mai 2026 réorganise en profondeur l’enseignement au collège et au lycée, avec pour logique centrale le « décloisonnement ». La nouvelle réglementation abolit les barrières institutionnelles qui séparaient durablement l’enseignement général, l’enseignement technique et la formation professionnelle, en autorisant un même établissement à dispenser ces trois types de cursus, tout en généralisant les « classes polyvalentes » et l’initiation professionnelle.
L’intention stratégique est claire : dans un contexte où le secteur formel n’absorbe qu’une partie limitée des jeunes, il s’agit de permettre à un grand nombre d’entre eux d’acquérir, parallèlement aux savoirs académiques, des compétences pratiques leur assurant des moyens de subsistance, et d’ancrer ainsi directement l’éducation dans la chaîne de la productivité nationale. Parallèlement, le « Pacte NEKRE » (du mooré « éveil »), lancé en octobre 2026, élève cette logique au rang de contrat national en exigeant explicitement que « le savoir se rapproche de la production et des métiers », et en soulignant que les sciences, les technologies numériques et la recherche doivent servir la souveraineté.
Adama G.
