Depuis son accession à la présidence en novembre 2024, Duma Boko a fait de la pauvreté un combat de principe autant qu’un chantier économique. Cet avocat des droits humains, formé à l’université du Botswana puis à Harvard, ne présente pas la précarité comme une simple statistique à corriger, mais comme une atteinte directe à la dignité humaine une conception qui structure désormais l’ensemble de son action gouvernementale.

Le constat de départ est sévère. Malgré son statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, bâti sur cinquante ans de gestion prudente de la rente diamantifère, le Botswana affiche un taux de pauvreté avoisinant 38 % et un chômage de 27,6 %, particulièrement aigu chez une jeunesse qui représente près de 70 % de la population. C’est ce paradoxe la richesse minière côtoyant la précarité de masse que le président entend rompre.

Sa réponse s’articule autour de filets de sécurité sociale renforcés : revalorisation des salaires de base, des bourses étudiantes et des pensions de vieillesse, promesse d’une couverture santé universelle, et volonté affichée d’un relèvement immédiat et mesurable des populations les plus vulnérables. Le gouvernement Boko a également engagé une diversification économique destinée à réduire la dépendance du pays aux diamants, qui représentent encore 90 % des exportations : énergie solaire, chanvre industriel, cannabis médicinal, et un partenariat avec Starlink pour étendre l’accès à internet à moindre coût sur l’ensemble du territoire.

Cette ambition sociale se heurte toutefois à des tensions budgétaires réelles. La crise sanitaire déclenchée en 2025 par l’effondrement de la chaîne d’approvisionnement médicale conséquence directe du ralentissement du secteur diamantaire et d’arriérés considérables envers les fournisseurs a rappelé la fragilité des finances publiques face à des ambitions sociales élevées.

Reste que la rupture politique portée par Duma Boko, premier président issu de l’opposition depuis l’indépendance de 1966, s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent : celle de dirigeants qui refusent de dissocier croissance économique et justice sociale, et qui font de la réduction des inégalités un impératif de gouvernance autant qu’un impératif moral.

Bruno S.