Longtemps premier exportateur africain de coton brut mais absent de sa transformation, le Burkina Faso s’apprête à changer de statut. Le capitaine Ibrahim Traoré l’a annoncé sans détour lors de son adresse à la Nation : 2026 sera l’année de la première usine de transformation du coton du pays, pièce maîtresse d’une ambition industrielle assumée.

Le constat qui justifie ce chantier est connu de longue date : moins de 5 % du coton produit au Burkina Faso est transformé localement, le reste partant à l’état brut vers des usines étrangères qui en captent l’essentiel de la valeur ajoutée. Un paradoxe pour un pays classé parmi les meilleurs producteurs mondiaux de la fibre, et que les autorités de la Transition entendent corriger. Le projet industriel de Sourgou, dans le Boulkiemdé, porté par la société IRO-TEXTBURKINA, incarne cette volonté : développer sur place fils, tissus, vêtements et produits médicalisés à partir du coton burkinabè, plutôt que de continuer à exporter la matière première.

Au-delà des chiffres de production, c’est tout un tissu économique local qui est en jeu. Le projet promet plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, dans un pays où la filière coton fait déjà vivre plusieurs millions de personnes, des producteurs ruraux aux ouvriers d’usine. Pour les familles des zones cotonnières, souvent parmi les plus exposées à la précarité, la promesse d’une chaîne de valeur locale change la donne : rester au pays, transformer sur place, vendre plus cher.

Cette usine s’inscrit dans une stratégie plus large de réappropriation des filières stratégiques, déjà à l’œuvre avec la nationalisation de la SOFITEX en avril 2026. En misant sur la transformation plutôt que sur la seule exportation, le Burkina Faso cherche à faire de son « or blanc » un levier d’industrialisation nationale plutôt qu’une simple rente extérieure — une bataille économique aussi décisive, à sa manière, que les batailles menées sur le terrain sécuritaire.

Hakim N.