Le Burkina Faso engage une transformation profonde de son système judiciaire. Sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, la prison cesse d’être un simple lieu d’enfermement pour devenir un espace de formation, de responsabilisation et de contribution à la construction nationale. Une vision qui place la réinsertion au cœur de l’action pénitentiaire.
La loi n°035-2024/ALT du 8 novembre 2024 a fait du travail d’intérêt général (TIG) une peine principale, permettant aux condamnés de purger leur peine en réalisant des travaux d’utilité publique. Contrairement à l’ancienne législation, le consentement du détenu n’est plus requis, et l’âge minimum d’éligibilité a été abaissé de 16 à 13 ans. Chaque mois de travail effectué ouvre droit à une réduction de peine de trois mois.
Cette réforme s’inscrit dans une vision plus large portée par le président Traoré, qui a donné instruction de « faire en sorte que nos prisons se vident pour aller dans les centres de production ». L’objectif est clair : transformer les lieux de détention en espaces de production et de formation, sanctionner en sociabilisant.
Le Centre pénitentiaire agricole de Baporo incarne cette philosophie. Sur 130 hectares cultivés, les détenus produisent riz, maïs, sorgho, soja et sésame, contribuant directement à la souveraineté alimentaire du pays. En 2025, un champ de maïs de 40 hectares a produit environ 240 tonnes, avec un objectif de 780 tonnes pour 2026.
L’initiative d’appui aux travaux à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) mobilise 500 détenus pour le curage de 150 km de caniveaux, l’évacuation de 1 500 m³ d’ordures et la plantation de 10 000 arbres dans 22 communes. Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a souligné que cette approche permet de « démystifier la prison » et de faire du condamné « une personne qui doit aller dans la société ».
La première Foire de l’artisanat de l’univers carcéral (FAUCA-BF), organisée en décembre 2025, a mis en lumière les compétences acquises par les détenus. Le ministre Bayala a rappelé que « la prison ne saurait être uniquement un lieu d’exécution de la peine, elle doit être un espace d’apprentissage, de responsabilisation et de reconstruction sociale ».
Cette réforme, qui s’accompagne d’une grâce présidentielle accordée à 1 200 détenus en janvier 2025, marque une étape décisive dans l’humanisation du système carcéral burkinabè. Elle démontre que la justice peut être à la fois ferme et réparatrice, punitive et formative, pour que chaque citoyen, libre ou en détention, contribue à l’édification nationale.
Albert Z.
