Dans le contexte des mutations géopolitiques rapides que connaît la région du Sahel, l’écrivain et analyste politique spécialiste des questions africaines, Benameur Bekki, met en lumière l’expérience burkinabè actuelle à travers son nouvel ouvrage documentaire : « Ibrahim Traoré : Symbole de la révolution et de la souveraineté Vie, leadership et action au service d’une nation ».
L’intérêt de ce livre réside dans le fait qu’il ne se limite pas à la dimension politique du président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré. Il décortique également le concept de « souveraineté nationale » en tant que chantier quotidien, qui se concrétise dans les champs, les usines, les hôpitaux et les salles de classe. L’auteur propose ainsi une analyse documentée qui redéfinit l’indépendance de la décision africaine, en s’appuyant sur le développement endogène et la mobilisation populaire.
De la philosophie à la pratique : la souveraineté se mesure par des résultats concrets sur le terrain.
L’auteur part d’une idée fondamentale : la souveraineté n’est pas un simple slogan retentissant, mais une pratique réelle et tangible. Dans cette optique, l’ouvrage accorde une place centrale au secteur agricole, pilier de la sécurité nationale. Il passe en revue les grandes initiatives agricoles lancées en 2024 et 2025, notamment :
– La campagne de mai 2024, marquée par la remise aux producteurs locaux de 400 tracteurs, 239 motoculteurs et 710 pompes à eau. – La campagne de mai 2025 : elle a intensifié le soutien apporté au secteur agricole par la distribution de 608 tracteurs, 1 102 motoculteurs et 485 pompes, auxquels s’ajoutent des moissonneuses et des cages flottantes pour la pisciculture. Par ailleurs, plus de 2 000 hectares de terres irriguées ont été aménagés.
L’ouvrage ne manque pas de souligner la dimension humaine qui sous-tend ces chiffres en évoquant, par exemple, les agricultrices de la région de Zongo et précise que les projets gouvernementaux visent à compléter les efforts des populations rurales productives, et non à s’y substituer.
Industrialisation locale et « contribution populaire » : une dynamique de réappropriation de la richesse nationale
Sur le plan économique, Ben Amer retrace la trajectoire du Burkina Faso vers l’affranchissement de la dépendance commerciale, grâce au renforcement de la production locale dans les secteurs de l’agroalimentaire, du textile, du ciment et des détergents. Il met en exergue l’expérience de l’Agence de promotion de la contribution populaire (APEC), créée en février 2023. Ce modèle innovant permet aux citoyens d’investir directement dans l’économie de leur pays : en seulement dix mois, l’initiative a réussi à mobiliser plus de 250 000 contributeurs et à collecter plus de 10,1 milliards de francs CFA. Ces fonds ont été alloués au financement d’usines nationales stratégiques, telles que les unités de transformation de tomates à Yako et à Bobo-Dioulasso. Dans le secteur des ressources naturelles, l’auteur analyse les dimensions de la nouvelle loi minière de 2024. Celle-ci consacre la propriété de l’État sur les mines et porte sa participation directe dans les exploitations industrielles à 15 %. Elle instaure également des mécanismes nationaux visant à encadrer le secteur aurifère et à le protéger contre l’épuisement des ressources au profit de l’extérieur.
Investir dans l’humain : une révolution dans les secteurs de la santé et de l’éducation
L’auteur considère le capital humain comme le pilier de tout projet souverain. Il consacre ainsi des chapitres détaillés aux grands projets sociaux, notamment :
Le secteur de la santé : le lancement du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) « Pala » à Bobo-Dioulasso, doté d’une capacité de 500 lits et réalisé pour un coût supérieur à 70 milliards de francs CFA (en coopération avec la Chine). L’établissement est équipé d’un centre spécialisé en radiothérapie. Par ailleurs, la construction de 9 hôpitaux similaires est prévue, parallèlement à une initiative présidentielle en matière de santé qui inclut la création de 55 centres médicaux communaux.
Le secteur de l’éducation : le lancement de l’« Initiative présidentielle pour une éducation de qualité pour tous ». Celle-ci repose sur 7 axes, allant de la réhabilitation des infrastructures scolaires et du développement de l’enseignement technique et professionnel, jusqu’à la création d’une université des arts appliqués et des sciences technologiques. Géopolitique et sécurité : démantèlement de la dépendance et essor de l’Alliance du Sahel
Sur le plan politique et stratégique, l’ouvrage retrace le parcours du capitaine Ibrahim Traoré, depuis ses années universitaires jusqu’à son accession au pouvoir en septembre 2022. Il s’attarde notamment sur son discours retentissant lors du sommet « Russie – Afrique » (juillet 2023), où il a posé cette question ferme : « Comment un continent riche en ressources peut-il continuer à souffrir du poids de la pauvreté ? »
L’auteur analyse les mutations structurelles des alliances internationales du pays, allant de la fin de la présence militaire française à la formation d’une nouvelle alliance stratégique : la « Confédération des États du Sahel » (AES), en partenariat avec le Mali et le Niger. Il aborde également la stratégie de sécurité intérieure, fondée sur une refonte de la doctrine de défense et l’élargissement du rôle des « Volontaires pour la défense de la patrie » (VDP), visant à impliquer la société civile dans la protection du territoire national.
L’auteur, Beki Ben Amer, conclut son ouvrage en soulignant que l’expérience actuelle au Burkina Faso ne saurait être réduite à la seule figure du dirigeant. La dynamique de ce processus puise sa force dans l’engagement des soldats, des agriculteurs, du personnel soignant et de la jeunesse, tous acteurs de l’élaboration d’une nouvelle réalité. Le livre invite les chercheurs et les journalistes spécialisés dans les questions africaines à examiner le cas burkinabè, non pas comme un simple changement de pouvoir, mais comme un exemple concret d’une tentative de reconquête de la souveraineté nationale, axée sur un développement tangible et l’autosuffisance.
